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A la recherche de l’ours polaire


Un premier rendez-vous manqué

A la recherche de l’ours polaire
Dès le lendemain, sur la route de Kekerten, nous croisons des icebergs monumentaux. Traversés d’une lumière bleutée, irradiant les lieux d’une blancheur unique, ils semblent immobiles. «Erreur», explique Julius, «Ils se déplacent d’environ 2 km par jour». Les premiers zodiacs partent à la recherche d’un banc de morses. Il est à quelques centaines de mètres du bateau. Eté oblige, les animaux se prélassent sur un rocher posé au milieu de l’eau, à quelques dix mètres de l’île principale. L’odeur est insupportable. Ce choix ne doit rien au hasard. Il permet de guetter l’arrivée de l’ours qui devrait sauter à l’eau et nager pour les rejoindre. «Sécurité maximale», explique notre guide, hydrobiologiste marin formé à Toronto, «Dans l’eau, le morse est rapide et agile, jusqu’à 10 km à l’heure. Il peut parcourir de longues distances et plonger jusqu’à 100 m. Il a deux prédateurs : l’orque et l’ours polaire». Les morses sont impressionnants, massifs. Nous apprenons que l’adulte peut peser jusqu’à 1 400 kg et mesurer 3,5 m de long. Son corps épais est parcouru d’innombrables plis et replis, couvert d’un pelage épars brun clair. «Le morse est pourvu de moustaches de 10 à 12 cm», détaille notre guide «Il possède des défenses qui peuvent mesurer 60 cm de long». C’est le soir, lors du débriefing, que nous découvrons que c’est pour se protéger contre la dureté de la glace et la froideur extrême des mers arctiques, qu’il est pourvu d’une peau épaisse et coriace, doublée d’une lourde couche de petit lard. Quand il a chaud, le sang est détourné et dirigé vers la surface, la peau et le petit lard lui permettent ainsi de se refroidir. Quand il est dans l’eau, le sang circule loin de la peau et de la graisse, l’animal conservant ainsi sa chaleur interne. Les moustaches lui servent alors à détecter les organismes des fonds marins dont il se nourrit. Sur le zodiac, le temps s’arrête car l’un des pilotes sur un zodiac de tête montre une tache blanche au sommet d’une crête. Un ours polaire. Bien lointain. Difficile à photographier. Qu’importe les appareils sont sortis.

Kekerten, le souvenir des baleines

A la recherche de l’ours polaire
La découverte naturaliste se prolonge les deux jours suivant : approche de la banquise en zodiac, observation d’oiseaux qui nichent dans les creux des falaises et suivi des phoques qui viennent jouer autour du bateau. La capture d’un morceau d’iceberg qui flottait sur l’eau nous fait découvrir, une fois brisé en deux, qu’il s’agit d’eau douce. Un choc surtout lorsque l’on a auparavant goûté du doigt l’eau de mer, particulièrement salé. Sa densité saline est plus forte qu’ailleurs et donne parfois le sentiment qu’il s’agit d’une mer huileuse. Un peu grasse. Autre surprise, vers minuit, le haut parleur annonce des aurores boréales. Tous sur le pont en cinq minutes. Avec le vent de la course, il fait moins deux degrés. Le spectacle sublime les icebergs. Un vert irréel tombe du ciel sur l’horizon. Le ciel joue avec les nuages et l’intensité varie comme s’il s’agissait d’un son et lumière réglé par l’homme.
C’est le quatrième jour que l’on atteint l’île Kekerten, située à environ
50 km au sud-est de Pangnirtung, au large de la rive nord de la baie de Cumberland. L’île était, au milieu du XIXe siècle, le site de l’une des deux plus importantes stations de dépeçage de baleines de l’Est de l’Arctique. Le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest a en partie restauré et préservé le site baleinier, créant à cet emplacement un parc historique. La visite se fait en trois heures et armé : par crainte des ours, Julius a lui aussi sorti son fusil ! Nous espérons tous la rencontre, mais le guide l’appréhende car l’ours ne fait pas de distinction entre l’homme et le morse. Tout se mange ! Pas question d’y aller sans sécurité. Au menu de la balade : les fondations de trois entrepôts érigés en 1857 par des baleiniers écossais, les vestiges d’une cale sèche où l’on réparait les baleinières, et de gros chaudrons en fonte où l’on faisait fondre le petit lard des baleines. Le sol est encore jonché d’os et le guide nous demande de ne pas en emporter. Même s’il tient à dire que les visites sont rares. Qu’importe, un ou deux voyageurs dérogent à la règle et piochent un souvenir. La beauté des lieux tranchent avec la cruauté de son histoire. Difficile de ne pas penser à ces milliers de baleines mortes dépecées ici.

Akpatok, le moment tant attendu

A la recherche de l’ours polaire
Au sixième jour... Toujours pas d’ours « grandeur nature », que l’on pourrait presque approcher. Mais Julius est formel : ce matin, nous devrions en voir. Départ de bonne heure vers les falaises ouest d’Akpatok. Dix minutes de zodiac. Rien en vue. D’un coup, le doigt pointe la plage. Douze paires de jumelles s’y dirigent instantanément... L’ours est là. Encore loin. Le zodiac accélère. En cinq minutes, nous sommes à quinze mètres de lui. Sur les flancs de la falaise, une femelle descend avec un ourson. Lentement, elle le guide vers la plage. On n’entend plus que le bruit des appareils photos. En moins de dix minutes, la plage se transforme en festival des ours. Pas moins d’une dizaine de spécimens la traversent. Face à nous, un mâle puissant s’approche de l’eau. Nous sommes loin de l’image bonhomme de l’ourson: le tour de la gueule et ses deux pattes avant sont rouges de sang. Il rentre de chasse et se place face à nous comme gardien des lieux. Nous attaquerait-il ? Les scientifiques divergent sur le sujet. Présenté comme un prédateur naturel de l’homme, dont il n’a pas peur, l’ours peut ne pas attaquer s’il ne se sent pas en danger. Face à lui, les experts conseillent de ne pas bouger ou de reculer très lentement, d’éviter des gestes menaçants, de crier et de faire des mouvements brusques. Mais le plus important est de ne jamais le regarder dans les yeux, de souffler ou de siffler. Autant d’actions qui marqueraient une attitude combative. Pendant une heure, l’homme et l’ours s’observent. Qui est le plus étonné des deux ? Difficile à dire. Impossible de ne pas fixer les yeux sur ces boules de poils que sont les deux oursons présents maintenant sur la plage. Un coup de patte arracherait la main d’un enfant ! « Et dire que pendant des années ils sont le symbole pelucheux de l’humanité » soupire notre vieux professeur québécois « On est chanceux de les voir comme ça ». Une petite boule dans la gorge, des yeux un peu humides. Pour tous, l’émotion est à fleur de peau.

Retour à la civilisation

Sept jours sans télé, ni téléphone portable avec pour seul lien un téléphone satellite dans la cabine du commandant... On finit par s’y habituer et apprécier le silence. Le retour à Kuujjuaq, vers la plus importante communauté du Nunavik au Québec se fait calmement, dans une ambiance sereine de groupe qui a rencontré les grands espaces. Echanges d’adresses, de photos et de conseils, avant de retrouver la civilisation. Kuujjuaq était connu auparavant sous le nom de Fort Chimo. C’est avec des missionnaires moraves que les Inuits de la région ont eu leurs premiers contacts avec les Européens. Aujourd’hui, la ville est un point de départ ou d’arrivée pour les touristes. Hôtels, magasins, supermarchés et bars complètent une maison de la culture et un hôpital. L’un des rares de la région.

Il est difficile de prendre conscience sur place de la richesse du voyage. Des centaines d’informations qui viennent se bousculer jour après jour pour former au final des souvenirs. Deux, trois mois après en y repensant l’Arctique ne ressemble en rien à ce que nous imaginions avant le départ. C’est sans doute l’expérience la plus enrichissante d’une vie. La plus riche.

Pratique :

Ce voyage a été réalisé avec l’aide de l’Office du Tourisme du Canada et www.bonjourquebec.com et les croisières North Cruise. Vol au départ de Paris vers Montréal réalisé avec Zoom Airlines
Hébergement conseillé à Montréal : le Sofitel (1155 Sherbrooke Ouest - +1 514-285-9000)
4750 € la croisière au départ de Paris (vols et taxes incluses) avec Aventuria. Tél. 08 21 02 99 41

Iqaluit

Centre d'accueil Unikkaarvik :
Téléphone : (867) 979-4636
Télécopieur : (867) 979-1261
Pour obtenir gratuitement la documentation (en français) sur le Nunavut :
info@nunavuttourism.com

Le musée Nunatta Sunakkutaangit
Admirable collection de sculptures et d'estampes inuites
Téléphone : (867) 979-5537
Télécopieur : (867) 979-4533

Arctic Creations
Un magasin riche en art inuit avec un rayon « mode » assez original
Phone number: 867-979-1841
P.O. Box 2110, Iqaluit, Nunavut, X0A 0H0
arctic@nunanet.com

Nunavut Arts & Crafts Association
Les plus belles sculptures en saponite de scènes de vie inuites
Phone number: 867-979-7808
PO Box 1539, Iqaluit, Nunavut, XOA OHO
arts@nunanet.com


A Pangnirtung
L’Uqqurmiut Centre For Arts & Crafts
P.O. Box 453, NU X0A 0R0
Tél.: (867) 473-8870 / Fax: (867) 473-8634
E-mail: inuitart@nunanet.com - Internet: www.uqqurmiut.com



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Marcel lévy







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