RENCONTRES

'Il faut voyager avec sa tête et son coeur'

Anne Gouyon est associée et cofondatrice de BeCitizen, société de conseil stratégique en développement durable. Egalement ingénieur agronome et docteur en Sciences Economiques et Sociales, elle dirige la collection des Natural Guide, ouvrages dédiés au tourisme responsable ciblés sur des destinations précises. Après la Thaïlande parue en décembre 2007, un nouveau volume consacré à Bali est à paraître dans le courant du mois de juin. Cette femme engagée nous confie sa vision du tourisme durable.


'Il faut voyager avec sa tête et son coeur'
JVD.com: Qu’est-ce que c’est pour vous aujourd’hui, voyager durable, voyager autrement ?
Anne Gouyon : Quand on fait un voyage, on doit en sortir grandi. La base du voyage, c’est la rencontre, et la rencontre ne peut se faire que dans le respect : le respect de l’environnement dans lequel on se trouve et le respect des populations locales. Un touriste «écolo» doit voyager avant toute chose avec sa tête et son cœur : il n’y pas d’éco-comportements préformatés, il s’agit simplement de bon sens, il faut se poser les bonnes questions. Pourquoi manger en Thaïlande une mayonnaise importée de France ? Pourquoi prendre un 4x4 lorsque l’on peut prendre un bus ? Pourquoi partir en Patagonie pour seulement une semaine alors que l’impact environnemental d’un tel déplacement aérien est lourd et qu’il mériterait que l’on y passe plus de temps ?

JVD.com: Comment se déroule la conception des Natural Guides et comment vous démarquez-vous des autres ouvrages du genre ?
Anne Gouyon : Nous cherchons à casser l’idée maîtresse des guides classiques qui veut que des Français parlent de Bali (par exemple, ndlr) aux Français. Nous tenons à impliquer les acteurs locaux dans l’élaboration des ouvrages : nous travaillons ainsi avec des ONG sur place, des journalistes locaux ou tout simplement des acteurs du développement durable du pays visité. Ils rédigent des articles ou des enquêtes, facilement reconnaissables dans les encadrés ou pages entières de couleurs jaunes. Ces réseaux de contact nous permettent de réellement fouiller nos recherches sur les adresses recommandées, que nous allons ensuite vérifier par nous-même. Si un établissement nous dit qu’il tri ses déchets, nous allons vérifier ses poubelles. Si un hôtelier nous dit qu’il emploie des locaux, nous allons vérifier que la communauté en question profite bien des retombées financières ou que les salariés sont rémunérés au moins au salaire minimum établi dans le pays.

'Il faut voyager avec sa tête et son coeur'
JVD.com: Quelle idée du voyage souhaitez-vous véhiculer au travers de vos guides ?
Anne Gouyon : Un voyage en dehors des sentiers battus et un voyage également délié du guide ou des sites Internet. Il faut savoir de temps en temps poser le livre pour découvrir les choses par soi-même et laisser sa place à l’imprévu. Une anecdote amusante, nous avions recommandé l’adresse d’un petit café perdu dans au milieu des rizières balinaises, dans lequel nous conseillions un plat local. La propriétaire des lieux nous a indiqué après la sortie du guide que les gens arrivaient désormais avec le guide sous le bras et demandaient spécifiquement le plat indiqué. Il avait beau s’agir d’un dessert, les touristes ne voulaient essayer que celui-ci ! Le Natural Guide est une introduction, il faut ensuite composer soi-même son voyage.

JVD.com: Ne craignez-vous pas qu’en faisant la promotion de sites ou destinations préservées ou «durables» (comme nous le faisons aussi, ndlr), à l’instar du Costa Rica en ce moment sous les projecteurs, de déplacer le tourisme de masse dans ces zones et à terme de les voir transformées ?
Anne Gouyon : Il faut bien faire le distinguo entre «durable» et «préservé». Il ne faut effectivement pas envoyer les touristes, comme le font certains guides, dans des zones préservées comme un belle plage déserte, si les structures d’accueil sont inexistantes ou pas à la hauteur : les zones préservées ne le seront rapidement plus et l’impacte du tourisme sera très négatif. En revanche, si les infrastructures touristiques sont d’une part prêtes à recevoir et d’autre part investies dans une démarche durable, alors nous pouvons y envoyer des voyageurs sans crainte. L'impact sera même positif : si l'on envoie plus de touristes vers les acteurs responsables, cela a un effet d'encouragement et d'incitation.

JVD.com: Que pensez-vous des multiples initiatives «vertes» prises par les grands acteurs du tourisme dans le monde entier ?
Anne Gouyon : C’est encore à mon sens marginal. Je pense que le problème n’est pas pris par le bon bout. On ne peut pas faire n’importe quoi et vendre un tourisme de masse absolument pas responsable ou durable sur 99% de ses activités et ensuite dire que l’on reverse 1% de ses recettes pour financer un projet de développement durable. Il faut se demander comment, en tant qu’acteur du tourisme, l’on peut promouvoir une démarche responsable.





1.Posté par VASSE FREDERIC le 07/01/2010 04:19
Interview très intéressante. Aujourd'hui en aventure pédagogique autour du monde et en famille sur le thème du developpement durable... je constate avec effroi les abus de langage dans la commecialisation du tourisme dit durable ou eco ou etc....
Vigilance vigilance !
Notre expérience se confronte à de vrais déceptions quant à l'éco-tourisme planètaire... A débattre surement !
Amitié et bravo pour votre site internet !!

Frederic et les Saperliplanautes
http://www.saperliplanete.org

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