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L'EDITO

Un parc pour Mayotte

Stéphanie Clément-Grandcourt

Le président Nicolas Sarkozy, de passage à Mayotte lundi, a signé le décret de création d'un parc naturel marin, le premier d'Outre-Mer, destiné à préserver le lagon et les innombrables espèces qu'il abrite. Une excellente nouvelle pour ces fonds marins qui sont parmi les plus riches de la planète.


Ce parc marin, le deuxième après la Mer d’Iroise, fait partie des 10 parcs qui, si l’on en croit le Grenelle de l’Environnement, devraient voir le jour d’ici 2012.
Au-delà de l’effet d’annonce, son utilité est réel : fort d’une superficie de 70.000 km², dont un lagon à double barrière de corail, 200 km de récifs coralliens et 7 km2 de mangrove, il servira à protéger l’une des zones marines les plus riches du monde qui abrite notamment 750 espèces de poissons, 300 variétés de coraux, des tortues marines ou encore 22 espèces de mammifères marins, dont le dugong. Un inventaire à la Prévert qui vaut à lui seul toutes les démonstrations mais qui ne rend pas hommage, loin s’en faut, à la beauté de ce sanctuaire où j’ai eu la chance, il y a deux ans, d’effectuer quelques plongées.
Je logeais alors au sud de l’île, dans un hôtel fait de petits bungalows en bois sur la plage de N’Gouja. L’endroit est paradisiaque et presque totalement sauvage. A tel point que la plage de l’hôtel sert de lieu de ponte à de magnifiques tortues marines qui se nourrissent sur le platier dans le lagon qui borde les lieux. Chanceux, les vacanciers ont donc tout le loisir, avec un simple masque et un tuba, de nager aux côtés de ces belles demoiselles peu farouches. Un endroit de rêve donc… Hélas, au pays du bonheur les choses ne sont jamais simples. En effet, malgré une bonne volonté réciproque, touristes et tortues ne font pas toujours bon ménage. A l’époque, une scientifique qui étudiait les tortues sur place faisait régulièrement le tour des tables du restaurant pour avertir les clients de l’hôtel. Son discours tenait en quelques lignes : « Evitez, s’il vous plaît, de vous baigner à marée très basse car vous piétinez l’herbe dont se nourrissent les tortues et sans herbe, à terme, elles ne viendront plus ». Un message simple et relativement peu contraignant (la marée basse ne durant pas toute la journée) qui n’était que peu ou pas respecté. Et les arguments sont légion : « On fait attention », « On ne peut pas tout interdire », « On a payé pour venir, il faut qu’on en profite à fond… ». Loin de moi l’idée de glorifier les uns, soucieux de protéger cet écotourisme exceptionnel ou de diaboliser les autres, pressés de profiter des lieux sans contrainte. Leurs arguments des deux camps étant recevables. Mais cet exemple illustre bien à quel point les problématiques qui présideront à la création de ce parc national sont complexes : protéger d’abord mais également expliquer et donner accès à cette nature tout en la préservant au mieux. Tout un programme.



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