Vers l'émancipation des Népalaises par l'éco-tourismeLucky, Dicky et Nicky Chhetri sont trois sœurs népalaises, pionnières de la promotion des droits des femmes dans leur pays. Baignées dans le monde du tourisme depuis leur enfance, elles travaillent depuis 1998 à former des jeunes filles au métier de guide de montagne tout en les sensibilisant à l’écotourisme. Par le biais de leur association Empowering Women in Nepal (EWN, Emancipation des femmes au Népal), plus de 450 Népalaises ont reçu une formation leur permettant ensuite d'intégrer l'agence de trek des sœurs Chhetri.
Une vocation née dans l’enfance
Les "trois sœurs", comme elles se font appeler, sont nées dans les années 60 dans une famille propriétaire d’une maison d’hôte dans l’Himalaya. Chose très rare dans un pays comme le Népal, leurs parents ont toujours voulu que leurs filles aillent à l’école. Lucky, l’aînée de la fratrie, est la première à s'orienter ensuite vers le tourisme et à suivre une formation complémentaire de guide dans l’Himalaya. Partageant avec ses sœurs la même passion pour la montagne, elles décident d'ouvrir toutes les trois en 1993, un lodge (hôtel et restaurant) qu'elles construisent elles-mêmes à Pokhara. Une ville touristique très visitée par les amateurs de treks en route vers le sommet de l’Annapurna.
Le trekking pour et par les voyageuses
Suite à leur rencontre avec des touristes, les "trois sœurs" prennent conscience du malaise qui existe parfois entre des voyageuses solitaires et les guides locaux. Dans la société népalaise, "le rôle de la femme est d’être une épouse attentionnée, une mère aimante et une belle-mère obéissante", explique Lucky Chhetri. Il est donc difficile d’accepter pour un homme du pays de voir des femmes s’assumer et voyager seules. Par ailleurs, la dure confrontation entre Lucky et ses collègues au cours de sa formation de guide la conforte, elle et ses sœurs, dans l’idée de se lancer dans le projet de leur vie : développer le trekking destiné aux femmes et encadré par des femmes. Les "trois sœurs" souhaitent ainsi aider à améliorer la condition des Népalaises et leur faire prendre conscience de leurs droits. "Les femmes n’ont pas besoin de compassion. Elles ont besoin d’éducation et d’opportunité", déclare Lucky. Avec une rémunération souvent bien supérieure au salaire moyen népalais, le métier de guide leur apporte l’autonomie financière et une certaine indépendance. C’est donc par la formation et l’éducation que les sœurs mettent en œuvre leur projet. En 1998, elles fondent l’association Empowering Women in Nepal qui adopte une philosophie résolument sociale et environnementale.
Une association à vocation sociale, touristique et environnementale
Fortes de leur expérience, les "trois sœurs" forment des jeunes femmes dès l'âge de 16 ans, qui ne sont pas encore mariées ou mères de famille, aux métiers touristiques de guide, de porteur et d’hôte. L’enseignement comporte des cours d’hygiène et de santé, une initiation à des pratiques touristiques respectueuses de la nature, une sensibilisation à la protection de l’environnement et à la transmission de la culture traditionnelle. Il comprend aussi des cours d’anglais, de géographie, de gestion et prévoit des rencontres avec des professionnelles étrangères (canadiennes, en particulier). Une grande attention est portée à l’environnement de la région où interviennent les guides. L’association travaille dans l’ouest du Népal, dans le district de Mugu précisément, où la nature n’est pas encore touchée par la civilisation moderne. Les sœurs Chhetri souhaitent donc la préserver en adoptant et diffusant les principes de l’éco-tourisme. Leur but étant, qu’une fois formées, les femmes sensibilisent à leur tour les touristes et les communautés villageoises rencontrées lors des treks. Depuis 1999, EWN a formé plus de 450 femmes guides. Le coût de la formation est entièrement financé grâce aux revenus de l’agence de trek des trois sœurs. Avec leurs équipes, les Chhetri proposent des séjours "sur mesure" et parfois même "exclusivement féminins". "Les voyageuses recherchent le confort et la sécurité durant leur trek. Avoir une femme comme guide est de plus en plus demandé!", se réjouit Lucky. Pour élargir son offre, l’agence propose par ailleurs des treks mixtes encadrés par des hommes. Signe de leur succès, l’association des "trois sœurs" s’est vue décerner de nombreuses récompenses internationales. Elle a, entre autres, reçu le prix du Geotourism Challenge, attribué par le magazine The National Geographic et l’organisation d’entrepreneuriat social Ashoka. Frédérique Sauvé - Agence Reporters d'Espoir
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